Flux 47°/00° : ballade mythologique entre béton et poésie
Du vendredi 19 au dimanche 21 mars, le Quai abritait le parcours nocturne Flux 47°/00°, spécialement crée par le Théâtre du Centaure pour le théâtre.
Les flux, se sont ceux organiques, migratoires ou monétaires qui lient les hommes dans ce monde contemporain. Ce parcours traverse Rotterdam, Berlin, Istanbul, Marseille, notamment des villes fluviales et portuaires. Guidé par les Centaures, le public est amené à rêver entre le parvis, le Forum et la cour technique jusque dans les couloirs et plateaux du théâtre. Casques sur les oreilles, on est projeté dans ce monde rétro-projeté mêlant fragments visuelles et sonores, films et performances live. Ce voyage nocturne est celui d’une quête à la recherche de l’autre, jusqu’à ne faire plus qu’un.
Le Théâtre du Centaure présente en son sein des acteurs hors-normes : les centaures, fruit de l’union entre un comédien et un cheval. Les deux êtres portent en eux cette volonté d’un prolongement des deux corps pour ne se fondre qu’en un. « 1+1=1 ». Ces êtres mythologiques mélangent puissance charnelle en même temps que raffinement.
Alors que nous patientons, nous sommes invités à regarder l’exposition « Créatures en sous-sol », installée dans le parking souterrain du Quai. Un cheval qui pleure, une carte d’Europe suivant les ramifications du cerveau humain, des expressions flottant sur les murs… autant d’éléments qui préparent au parcours. C’est assez inquiétant mais aussi envoutant, à l’image de ce qui nous attend dans la suite de la soirée. La première installation donne le ton : sur le parvis, un bassin simule une flaque de pétrole. Projeté sur la façade du Quai, un film sur les hydrocarbures ; un appel inquiétant vibre dans nos oreilles ; les deux centaures contemplent les usines. Le contraste entre la force du fer et celle des chevaux crée une véritable poésie. Le cavalier entre maintenant sur son cheval et c’est assez déroutant : il se couche sur sa croupe et l’animal ne rechigne même pas. Cette double figure formée par le reflet de l’eau, associée au son, apporte une tonalité particulière à notre perception. Les autres étapes continuent de mélanger les expériences, toujours dans l’inhabituel, la diversité. Les Centaures galopent entre les cargaisons sur les ports marchands sur fond de musique classique ; moment de pur érotisme : un homme paye un Centaure pour lui faire l’amour et il reste entendu, nu, à caresser ces flancs puissants ; un trader centaure nous fait rire : aussi fougueux et insupportable que son cheval, les deux êtres ne font plus qu’un. « Money is rock’n roll ». « Je suis trader. Je ne cherche pas du travail, c’est le travail qui me cherche ».
Le lien est continu entre la matière filmée, le sonore et les performances live. Chaque nouvelle installation est une surprise. L’alliance de ces trois modes de création emmène nos perceptions vers un autre univers. Avec le casque sur les oreilles, on se sent plus investi, concerné. Chaque ressenti est personnel. A voir ces figures de dressage, on en oublie presque tout le travail et la confiance qui est nécessaire entre le cheval et le cavalier. Pour peu qu’on se laisse porter, qu’on accepte d’entrer dans cet autre monde qui mélange mythologie et réel, on assiste à un pur moment de poésie.
Camille Brunetaud