L’offensive française commence cette semaine avec notamment L’âge des ténèbres de Denys Arcand, où un fonctionnaire au morne quotidien s’invente une vie de rêve, et 99 Francs de Jan Kounen, starring Jean Dujardin, publicitaire mégalomane décidé à vivre enfin une vie qu’il n’a que trop rêvé, loin du système qui l’a crée.
Notons au centre de ce déchirement, le bout de chemin parcouru par Ian Curtis entre 1977 et 1980, relaté dans Control. Mené par une ferveur de fan, le projet d’adapter la vie du leader de Joy Division est tombé entre de bonnes mains : Anton Corbijn, photographe et clippeur, fan absolu du groupe au point de déménager de sa lointaine Hollande pour les rencontrer, a su se mettre en retrait, restant humble pour embrasser à hauteur d’homme le destin d’une des personnalités musicales les plus prometteuses des années 70-80. Le passage en revue est complet, des débuts du groupe sous le nom de Warsaw à la veille de la tournée aux Etats-Unis, et, le noir et blanc donne un cachet d’authenticité non négligeable au projet, sans pour autant « gadgétiser » le film.
Si le projet reste logiquement éloigné de la mode des biopics rutilants à la Ray, on peut cependant regretter que l’exercice soit un peu convenu (retranscrire une vie sur pellicule), sans réel enjeux quand à l’issue (Ian Curtis s’est suicidé à 24 ans), mais ayant le mérite d’interroger le spectateur sur son statut de voyeur (Ian Curtis s’est suicidé à 24 ans, bis). Du coup, c’est avec une réelle humilité qu’Anton Corbijn embrasse son sujet, rendant touchant certains moments d’une vie fantasmés sur pellicule.
Reste en plus le plaisir de la mise en image du contexte de l’époque, la musique (Joy Division bien sûr, mais aussi les influences du moment comme David Bowie, les Sex Pistols, etc) et le plaisir de “voir” Ian Curtis et ce qu’il était : un grand enfant romantique, mal dans sa peau, tourmenté par ses choix, ses amours, ses envies.




