Maisie : A première vue, qu’est-ce que vous pensez d’Angers ?
Daniel Melingo : C’est la première fois qu’on joue ici à Angers… On vient de jouer pendant toute la semaine au festival « Quartiers d’été » à Paris, dans des parcs et des jardins… ça, c’était la semaine dernière, du lundi au jeudi, et vendredi on est allé jouer à Berlin aussi … on fait plusieurs festivals pendant l’été, on vient de jouer à Bruges, et voilà, on est content de jouer ici ce soir à Angers.
M : Votre musique, est-elle bien reçue en France en général ?
D : Oui, en fait ici je le vois comme mon deuxième « chez moi », mon deuxième public, parce qu’ici comme à Buenos Aires, on a fait une large trajectoire dans la culture du tango, et vraiment, on est toujours bien reçu par les Français.
M : Pensez-vous qu’apprendre d’abord la musique classique est la meilleure façon de devenir un bon musicien ?
D : C’est une des techniques qui est peut-être la plus complète en ce qui concerne les instruments, l’harmonie… bien moi, mon éducation musicale était dans une conservatoire de musique classique, et après je suis passé par le rock… pour arriver maintenant au tango. Il y a dix ans j’ai étudié la chanson lyrique mais j’ai toujours continué à jouer des instruments : le saxo, la clarinette, la guitare, le piano… mais bon, ça fait douze ans que je chante des tangos dont moi j’ai écrit les paroles, et réellement, la technique est très importante à l’heure de l’interprétation.
M : Quel est le plus important : les paroles ou les mélodies ?
D : Ben, c’est une question de… à travers la musique, communiquer un message, une histoire, mais, on dira que la vedette, c’est la musique.
M : Vous chantez les poèmes anciens – vous écrivez aussi des poèmes et les paroles pour vos chansons ?
D : Oui. J’écris la musique pour toutes les chansons, et une partie des paroles, mais j’en prends souvent des poètes du lunfardo, les poètes du tango, poètes anciens, du début du vingtième siècle et jusqu’à nos jours…
M : La poésie moderne de Buenos Aires, ça vous intéresse ?
D : La poésie que j’essaie de récupérer est une poésie atemporelle, comme le tango, comme je considère, comme je sens le tango. La poésie moderne est, pour moi, ne pas créer une frontière entre la poésie actuelle et la poésie ancienne. Je tente de transmettre mes sentiments avec ce grand style qu’ est le tango.
M : Vous utilisez la langue du lunfardo dans votre musique. D’où vient cette langue est que représente-t-elle de nos jours ?
D : La langue du lunfardo c’est une espèce de langue littéraire, dans laquelle on écrit le tango. On dit qu’elle vient de la langue des prisons, qui est alors devenue la langue familière, la langue de la rue, et enfin s’est transformé, il y a déjà très longtemps, en langue littéraire pour écrire le tango.
M : Avec votre interprétation du tango, est-ce que vous cherchez à attirer l’attention des jeunes de la nouvelle génération vers le tango ?
D : Je veux que le tango n’ait pas de frontières. J’essaie de mélanger, à travers le tango, le passé et le présent Je n’ai ciblé aucun public, aucun âge spécifique… Il n’y a pas de discrimination d’âge, et la musique est ouverte pour la satisfaction et l’émotion de tous ceux qui écoutent le tango, qui veuillent le danser ou le chanter.
M : Quel rôle joue le tango dans la société contemporaine argentine ?
D : C’est la musique qui nous représente en tant qu’Argentins, surtout les Porteños [les Buenos Airiens].
M : Je vais aller en Argentine en octobre pour y passer trois mois : quels conseils pouvez-vous me donner ?
D : Bon, il existe une sorte d’ « underground », un monde souterrain, à Buenos Aires et dans le tango, qui n’est peut-être pas forcément visible aux visiteurs, mais c’est un monde qui vaut la peine de chercher, rencontrer.
M : Vous avez un dernier mot pour les auditeurs de Radio Campus Angers ?
D : Bien, que vous sachiez que le tango, sans aucun préjugé, est pour danser, pour chanter, pour s’amuser, pour aimer, fondamentalement pour émouvoir.
M : Voulez-vous vivre 103 ?
D : On peut vivre 103 tangos par jour, sans se faire mal, c’est même l’effet inverse!
Interview et traduction par Maisie Greenwood, 31/07/2008





0 commentaires