Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal at Radio Campus Angers - 103FM

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27 mai 2008

Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal

Chronique garantie sans spoiler sa race

Coupons court aux interrogations essentielles : Oui, tout ce que vous avez pu lire sur cet Indy 4 est plus ou moins vérifié. Le film n’est pas nul et ce n’est pas le chef d’oeuvre attendu. Un juste milieu convient quand on parle d’un film concept revenu des années 80, revenu d’une guerre de sous, de scénaristes, de producteurs, revenu de tout.

Déjà, difficile de croire qu’en 19 ans de development hell, ce soit le meilleur scénario au bout duquel ils soient parvenus. Avec l’âge, Indy a pris un coup de vieux et s’en est naturellement sorti de la tourmente nazie : place à la Guerre Froide, au Maccarthysme et aux nouveaux ennemis héréditaires de l’Amérique. Avec en vrac et pour l’occasion, retour de personnages fondamentaux de la saga dans des saynètes parfois prétextes mais souvent touchantes, esprit bon enfant en pilotage automatique et vrais coups de chauffe parsemés ça et là sous couvert d’une histoire abandonnant toutes bondieuseries (contrairement à l’Arche perdue et à la Dernière Croisade) pour un vrai trip à la Temple Maudit.

Du coup, les références pullulent et font plaisir, même si on peut douter de l’orientation de l’intrigue par moments ; David Koepp a beau être responsable du scénario, c’est là qu’on mesure notamment l’influence fondamentale qu’a Rencontres du Troisième Type dans la filmographie de Spielberg. En mixant Zone 51 pour la scène d’ouverture et zestes d’Incas par la suite, le film prend des risques dingues à en lâcher son public dès les premières bobines. C’est à se demander comment un tel projet a pu se monter. Réponse facile en fait, ses deux principaux instigateurs, Steven Spielberg et Georges Lucas étant juste les deux plus puissants parmi le tout Hollywood. Reste qu’il faut le voir pour le croire, quitte à rester de marbre face au retour plus qu’impétueux de l’aventurier désormais âgé (et qui se le voit rappeler à de maintes fois dans le film).

Crédibilité, il y a. Tout le monde assure. Harrison Ford est impeccable. Shia LaBeouf, que tout le monde haït, est mortel. Et tout le monde avec. Simple non ? Pour couronner le tout, le film est ponctué de séquences de bravoures réjouissantes dont on peut juste noter le manque d’authenticité comparé à ce qu’on a déjà vécu aux côtés d’Indy. Le problème des effets spéciaux réalisables aujourd’hui, c’est qu’ils donnent l’impression aux réalisateurs de pouvoir faire n’importe quoi. Du coup, ils décrédibilisent parfois l’action, en regard surtout des divertissements old school que représente la première trilogie : difficile de croire au foutoir ambiant quand bien même c’est réalisé avec classe. Guettez la course-poursuite à trois véhicules dans la jungle, symptomatique de cet état d’esprit. Originalité prégnante, fun impératif, lisibilité de l’action EXEMPLAIRE, réalisation impeccable, mais débordements inévitables et grosses lacunes en terme de crédibilité immédiate… qui redémarre directement sur une crise monumentale à bases d’insectes. En y repensant, c’est tellement bon qu’on pardonne tout.

Spielberg, sans surprises et passé une scène d’exposition un peu lourdingue, manie sa caméra avec sa maestria habituelle et nous gratifie de plans iconiques à la pelle (dont 2 plans complètement fous à trépigner de bonheur démarrent et terminent l’aventure), en plus de jouer avec l’attente du spectateur et de ne nous révéler Indy qu’au bout de quelques plans : après 19 ans d’attente, on pouvait bien patienter encore un peu…

En revoyant avec nostalgie les aventures passées où Indy croisait des personnages de l’Histoire (dont Hitler dans l’avant-dernier opus), on conçoit la démarche de Spielberg de faire de Indy un témoin de l’Histoire, documentant sur le vif et recherchant avec espoir les dernières traces vierges du passage de l’homme qui, ironiquement, seront irrémédiablement souillées après le passage de l’archéologue. Là où l’homme abandonne toute humanité au profit des constantes habituelles (pouvoir, argent, rayez la mention inutile), où les amitiés ne survivent pas.

Il y a trois ans, je terminais ma critique de La Guerre des Mondes en affirmant qu’on n’avait pas vu meilleur film de science-fiction depuis des années. Même constat ici : C’était quand, le dernier film d’aventure potable ? Le dernier film en appelant à une telle mythologie, reprise en cœur collectivement ? Rien que pour capter un semblant de l’impact que Spielberg et Lucas ont eu sur l’histoire du cinéma contemporaine, Indy 4 est à aller voir toutes affaires cessantes.

Chronique rédigée par François Provost

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