California Dreamin’ vous évoque sans doute d’abord une chanson du groupe The Mamas and The Papas (1965). Mais c’est aussi le titre du premier (et dernier) film du Roumain Christian Nemescu (2006), primé au 60ème Festival de Cannes (2007), catégorie « Un certain regard ». Le rapport entre les deux ? California dreamin’ sert de générique, et plus encore : de thème musical structurant, au film de Nemescu.
Basé sur des faits réels, California dreamin’ raconte l’arrivée d’un train de l’ONU transportant des soldats américains et du matériel militaire secret, dans un village « perdu dans un pli de la carte » en Roumanie, en 1999 (donc en plein conflit au Kosovo). Tout cela n’est pas bien compliqué, me direz-vous… sauf qu’à partir de ce simple fait divers, c’est tout un faisceau de thèmes et de destins qui s’entrecroisent.
Des exemples ? A travers la vie du chef de gare, Doiaru, s’établit une analogie entre 1945 (les Américains attendus en libérateurs ne sont jamais venus) et 1999 (l’arrivée cette fois inopinée de ces soldats, dont les actions sont doucement contestées tout au long du film). De ce parallèle ressort au final une critique au vitriol des Etats-Unis « gendarme du monde ».
Ou encore, sur un registre plus léger : l’amour, thème qui va de pair avec une réflexion sur le fait de grandir. Monica comprend qu’elle doit décider elle-même de sa vie et étudier, si elle veut quitter son village qu’elle exècre ; plus généralement, les midinettes du village vont vite déchanter, tant il est évident que leurs amants américains de cinq jours ne les emmèneront pas aux USA. Certaines scènes passent clairement pour une réinterprétation, version désacralisée, de la Libération par les Américains, qui se montrent, aux yeux de la majorité du village, assez décevants.
Se pose aussi le problème du choc des cultures, et de la difficulté à communiquer, qui trouve des illustrations à plusieurs niveaux (le soldat américain pur sucre face au maire magouilleur bien décidé à profiter de la situation ; la jeune fille amoureuse qui ne parle pas la langue de son amant).
Cette multiplicité de thèmes appelle bien entendu une diversité de tonalités, si bien qu’il reste difficile de classer ce film dans l’une ou l’autre des catégories classiques. C’est un film rare, subtil, qui fait à la fois rire et pleurer et relève à la fois de la comédie satirique et du drame social.
Vous l’aurez compris, c’est donc un film très riche, au point même d’en être fouillis – mais il est vrai que le réalisateur n’a jamais pu finir le montage, puisqu’il est décédé en 2006 dans un accident de voiture. Certaines longueurs sont à déplorer, mais un film à recommander tout de même.
California Dreamin’,
de Christian Nemescu, 2006, 2h35.




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